The art of Oriental Dance is to achieve perfect harmony between mind, body and soul
Mahmoud Fadl
La danse orientale, dont les origines se perdent dans la nuit des temps, s'est maintenue dans les pays du Moyen-Orient, où elle est toujours dansée sous une forme spontanée par tous – femmes et hommes, jeunes, vieux et enfants – à la moindre occasion festive. Au XXe siècle, elle s'est répandue dans l'ensemble du monde arabe par le biais de la musique et du cinéma égyptiens, dans un style adapté à la scène, féminisé et professionnalisé appelé en arabe "raqs el sharqi" (souvent orthographié "sharki").
L'engouement qu'elle suscite désormais dans le monde entier s'explique sans doute par sa beauté particulière, faite d'ondulations, d'accents inattendus, de tremblements, de cercles et d'entrelacs qui fascinent le spectateur, quelle que soit sa culture. Mais il est aussi lié au bien-être qu'elle apporte. En effet, derrière son apparente facilité, elle cache un subtil travail des muscles internes, de l'énergie, du centre de gravité, de la coordination. Elle induit une harmonisation du corps et de l'esprit proche de la méditation et ses mouvements ont des qualités thérapeutiques, à l'instar du qi gong ou d'autres arts énergétiques.
Vous trouverez ci-contre des extraits d'articles évoquant des aspects particuliers de la danse orientale ou s'y appliquant. Consultez également la page Lecture.
Le corps ne tient pas d'aplomb par la contraction de la masse musculaire, mais par la mise en suspension de ses articulations et de sa musculature, par effet de dilatation et par la recherche de l'aplomb naturel. La dilatation du corps grâce au souffle qui circule est ce qui donne la souplesse, mais aussi la présence, à la danseuse. Dilatée et en état de flottaison, elle peut alors décider précisément comment et jusqu'où elle laisse passer l'onde du mouvement : elle isole à volonté et s'allège considérablement de son poids.
L'état de flottaison est d'une grande difficulté d'exécution. Il se trouve, il se perd, il se retrouve, jusqu'à devenir naturel et stable. En effet, chaque mouvement produit une vibration et un déséquilibre dans le corps qu'il faut rééquilibrer par un lâché. Afin de ne pas perdre l'équilibre, il faut un corps centré et sans faille. La structure vertébrale doit être empilée de manière totalement neutre, afin que le corps soit en suspension entre ciel et terre, sans effort supplémentaire.
Virgine Recolin, Introduction à la danse orientale. Pratique du mouvement spiral. Paris, L'Harmattan, 2005.
L'objectif consiste à mettre tous les segments du corps dans un alignement parfait par rapport au centre de gravité, l'équilibre étant réalisé à partir du moment où la gravité n'est plus une contrainte mais un champ d'énergie.
Jean-Louis Abrassart, Les techniques du toucher, dans Médecines naturelles.
Généralement, l’expression employée pour désigner une bonne danseuse se traduit par "elle est belle quand elle danse". Cela manifeste que l’attention ne se porte plus tellement sur les mouvements eux-mêmes mais sur ce qu’ils produisent comme effet sur la danseuse. L’allure générale de la jeune fille peut ainsi être valorisée ou au contraire dévalorisée par sa manière de danser. Mais plus précisément, si on s’attache à la représentation de la bonne danseuse, plusieurs notions sont évoquées : le dynamisme, d’une part, qui traduit une grande capacité de travail. Un certain pouvoir sensuel et même sexuel, évoqué par la vitalité que dégage la danseuse.
Maud Nicolas, Ce que 'danser' veut dire, Terrain, Numéro 35 - Danser (septembre 2000). Lire l'article complet.
Dans les pays arabes, la danse fait partie de la sociabilité familiale et festive. Mais allez chercher un cours de "danse orientale" dans une grande capitale arabe, et l’on vous regardera d’un drôle d’air. Il semble étonnant de vouloir étudier une chose aussi "naturelle", aussi commune. On danse, mais on ne s’explique pas cette danse : elle n’est prise en charge par aucun discours ou enseignement formel. Cependant, la "danse orientale" a été massivement exportée. Toutes les grandes villes européennes ou américaines proposent des cours de "danse orientale", et la "danseuse orientale" est aujourd’hui une figure de la culture populaire occidentale. Les raisons de cet écart peuvent être recherchées dans l’Egypte du début du siècle dernier.
Rena Fakhouri, Comment j’ai découvert l’Orient en Occident, in Hémisphères, n.32, décembre 2006-janvier 2007. Lire l'article complet.
Grâce aux vidéoclips, [la danse orientale] est de plus en plus pratiquée avec des gestes lascifs sans se soucier des véritables règles qui en font l’authenticité et lui permettent d’être un rite de joie dans la vie des Egyptiens. [...] Beaucoup de mouvements du genre qui fait actuellement fureur ne sont pas basés sur des techniques bien déterminées et comportent des gestes parfois provocants, un peu différents de la danse orientale classique.
Doaa Khalifa, Al Ahram Hebdo, 28 décembre 2005. Lire l'article complet.
Il est difficile de définir explicitement la musique arabe en quelques lignes. Il faut plutôt parler d'une musique arabo-musulmane dont les sources sont les civilisations mésopotamienne, égyptienne, assyro-babylonienne, indo-iranienne et byzantine, dont l'Orient musulman est l'héritier.
Très succinctement, la musique arabe n'est aucunement tempérée, au contraire de la musique occidentale. L'octave est divisée en 17 intervalles inégaux, parfois plus. Cette musique est généralement improvisée sur la base de modes heptatoniques, soit 7 notes choisies parmi les 17 (ou plus) divisions de l'octave. Les grands modes heptatoniques de la musique arabe sont appelés maqâm (ou maqam, muqam, mugam, etc.). On en reconnaît soixante-dix, qui peuvent aussi varier selon les régions. Un maqâm est défini comme une forme d'improvisation où alternent parties vocales et instrumentales. L'organisation rythmico-temporelle peut alterner entre une métrique fixe et libre, alors que les improvisations mélodiques sont basées sur ces modes dont on reconnaît à chacun une valeur affective propre. Les segments chantés sont basés sur la poésie religieuse ou profane, chantés en arabe ou dans une langue régionale. L'interprétation des maqâms peut parfois durer plus de 12 heures et nécessite du musicien principal une mémoire faramineuse. L'accompagnement instrumental comprend généralement une ou quelques percussions, alors que les instruments mélodiques, aussi en petit nombre, varient selon les régions. Le plus usité est le oud, le luth arabe.
bruno Deschênes, La Scena Musicale, Vol. 10, N°2, octobre 2004, http://www.scena.org
Edward Saïd, Hommage à Tahia Carioca, Al-Ahram Weekly / Courrier International, 10 novembre 1999
Elle se tient droite; mais chose étrange, les trois parties de son corps, la tête, la poitrine et les flancs ne se mettent en branle que successivement et séparément. C'est d'abord la tête qui bouge horizontalement et automatiquement de droite à gauche et de gauche à droite, comme la tête d'un serpent qui se réveille. Ensuite les seins s'animent du même mouvement vibratoire sans que le reste du corps y participe. Enfin les flancs commencent à s'agiter pour eux-mêmes. Alors c'est une innombrable et savante variété de trépidations et de mouvements circulaires des hanches et des reins, auxquels la tête de la danseuse assiste dans une immobilité glaciale.
Edouard Schuré, Sanctuaires d'Orient, Paris, 1898, in Jean-Claude Berchert, Le voyage en Orient, Paris, Laffont, 1985, p. 972, cité par Christian Poché dans Les danses dans le monde arabe ou l'héritage des almées, Paris, L'Harmattan, 1996, p. 45.
Ce n'est d'abord que la perception d'une certaine aisance, d'une certaine facilité dans les mouvements extérieurs. Et comme des mouvements faciles sont ceux qui se préparent les uns les autres, nous finissons par trouver une aisance supérieure aux mouvements qui se faisaient prévoir, aux attitudes présentes où sont indiquées et comme préformées les attitudes à venir.
Si les mouvements saccadés manquent de grâce, c'est parce que chacun d'eux se suffit à lui-même et n'annonce pas ceux qui vont le suivre. Si la grâce préfère les courbes aux lignes brisées, c'est que la ligne courbe change de direction à tout moment, mais que chaque direction nouvelle était indiquée dans celle qui la précédait. La perception d'une facilité à se mouvoir vient donc se fondre ici dans le plaisir d'arrêter en quelque sorte la marche du temps, et de tenir l'avenir dans le présent.
Un troisième élément intervient quand les mouvements gracieux obéissent à un rythme, et que la musique les accompagne. C'est que le rythme et la mesure, en nous permettant de prévoir encore mieux les mouvements de l'artiste, nous font croire cette fois que nous en sommes les maîtres. Comme nous devinons presque l'attitude qu'il va prendre, il paraît nous obéir quand il la prend en effet; la régularité du rythme établit entre lui et nous une espèce de communication, et les retours périodiques de la mesure sont comme autant de fils invisibles au moyen desquels nous faisons jouer cette marionnette imaginaire. Même si elle s'arrête un instant, notre main impatientée ne peut s'empêcher de se mouvoir comme pour la pousser, comme pour la replacer au sein de ce mouvement dont le rythme est devenu toute notre pensée et toute notre volonté.
Il entrera donc dans le sentiment du gracieux une espèce de sympathie physique, et en analysant le charme de cette sympathie, vous verrez qu'elle vous plaît elle-même par son affinité avec la sympathie morale, dont elle vous suggère subtilement l'idée. Ce dernier élément, où les autres viennent se fondre après l'avoir en quelque sorte annoncé, explique l'irrésistible attrait de la grâce : on ne comprendrait pas le plaisir qu'elle nous cause si elle se réduisait à une économie d'effort, comme le prétend Spencer(1). Mais la vérité est que nous croyons démêler dans tout ce qui est très gracieux, en outre de la légèreté qui est signe de mobilité, l'indication d'un mouvement possible vers nous, d'une sympathie virtuelle ou même naissante. C'est cette sympathie mobile, toujours sur le point de se donner, qui est l'essence même de la grâce supérieure.
Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
(1) Essais sur le progrès
Source: L'encyclopédie de l'Agora